2ème vendredi de carême 2023, Notre Dame, Mayenne
Témoignage de Nadine Rocher, aumônier du Centre Hospitalier Nord Mayenne et de Bernard Guy, bénévole à l’aumônerie.

 

Ci-dessous, le témoignage de Monsieur Bernard Guy :

Je suis entré dans l’équipe de l’aumônerie du CHNM en juillet 2016, voilà bientôt 7 ans. Quand j’ai pris ma retraite d’agriculteur, au printemps 2016, je me suis posé la question : comment me rendre utile ces prochaines années ? Au cours d’un pèlerinage ce printemps-là, c’était l’année de la miséricorde, un chemin s’est dessiné. Et croyez-moi, la réponse n’a pas tardé, Il a suffi d’une rencontre.. suivez mon regard : Le Père Pierre Marie….

 

Le monde de la santé, des malades, m’a toujours interpellé. La vie m’a permis d’y réaliser différentes missions et expériences, des deux côtés de la barrière, en tant que malade également, à l’âge de 20 ans. On ne choisit pas toujours sa voie, les événements choisissent pour nous. J’aime bien cette réflexion : «  Dieu écrit droit avec des lignes courbes », c’est un bon maître quand même.

Lors de mes conversations avec les aumôniers, j’ai choisi d’être bénévole en santé mentale. J’ai souvent dit dans nos réunions, on n’est pas là par hasard. Mieux je connais les membres de l’équipe, plus nos parcours personnels, familiaux ou professionnels se vérifient et se croisent. Nous ne sommes pas des spécialistes de la psychiatrie, mais nous avons un vécu.

Quand j’observe les patients des pavillons de santé mentale, chaque personne est différente, chaque cas est unique, mais leur situation est poignante ; quand j’entends les uns ou les autres me dire : « tu sais Bernard, ça fait 30 ans, 35ans que je suis là ». Ils ont parfaitement conscience de leur dépendance, et je les entends rarement se plaindre, pourtant la douleur est bien présente. Dans chaque histoire personnelle ou familiale, il y a un avant la maladie, un pendant, ce que font les médecins pour stabiliser le patient et un après qui laissent des traces.  Ce sont des blessés de la vie, des vies aux multiples fractures psychiques et physiques. Les aumôniers, les bénévoles sont touchés par la fragilité de ces personnes.

A Mayenne, nous avons la possibilité de rentrer dans les pavillons et de voir chacun dans son lieu de vie, au milieu des soignants. J’ai un grand respect pour tous ces professionnels qui prennent soin de leurs patients au jour le jour. Il faut beaucoup d’empathie, de générosité pour faire ce métier. Je vois de belles choses quand nous sommes en visite. Je pense que nous, gens de l’aumônerie, nous sommes bien accueillis, bien acceptés d’autant plus que nous venons proposer nos activités à ceux et celles qui le souhaitent.

En effet, nous allons chercher les patients pour un temps de permanence au local de l’aumônerie, bien sûr sur la base du volontariat, car c’est eux qui décident de venir ou pas, en fonction de leur emploi du temps, quand d’autres activités leur sont proposées, leurs rendez-vous. On ne sait pas à l’avance qui va venir, il faut de la souplesse de notre part, mesurer le besoin qu’ils ont de nous voir et de passer un moment avec nous.
Il est vrai que le Covid a cassé le rythme, mais ça repart, on est là, présents.

La permanence le mardi matin, c’est un moment d’échange, ils nous parlent de leurs peines, quand ils apprennent des mauvaises nouvelles de leurs familles, l’hospitalisation d’un parent, un décès familial ou dans leurs amis du pavillon, ils nous parlent de leurs projets, un stage qui leur est proposé dans un autre établissement. A nous d’être à l’écoute, et d’avoir une grande sobriété dans nos paroles et dans notre manière de faire. Dans notre manière de les rencontrer.

Un petit exemple : « Oh, comme vous êtes coquette ce matin »,  la dame se redresse et nous envoie son plus beau sourire et son commentaire, on en a pour quelques minutes à l’écouter.  Je pense que la tenue vestimentaire est un aspect important de leur dignité, et en milieu hospitalier, c’est compliqué. Tout est comme ça, croyez- moi, on ne s’ennuie pas.

Puis vient le moment important, la lecture de la Parole de Dieu du jour suivie d’un partage de l’Evangile, et de la prière. Au fil du temps, des années, j’ai vu la Foi de certains devenir lumineuse, comme Daniel que nous avons longtemps accompagné.  Il est décédé ces derniers mois, mais avec quel bonheur il suivait ces réunions. C’était un homme attachant, intelligent, un grand croyant aux yeux de Dieu.

Un dernier mot sur notre présence dans les pavillons, vous savez, certains patients se sentent abandonnés par leur famille, bien qu’elle compte énormément pour eux ; c’est une grande souffrance pour eux, on le constate quand nous préparons une sépulture avec Nadine. Il n’est pas rare que certaines familles, quand les parents sont décédés, abandonnent le combat, laissant aux services médicaux le fardeau trop lourd à porter. Il faut comprendre, voire pardonner. Ce n’est pas facile pour les familles, il y aurait beaucoup de choses à dire. Les pathologies mentales sont encore taboues.

Juste un petit mot sur l’aumônerie St Martin. C’est un temps de permanence, de rencontre avec des personnes qui ont retrouvé une certaine indépendance et qui habitent en ville, vous en connaissez certainement. Nous discutons autour d’un café, gâteaux…nous vivons un temps de prière, nous nous écoutons…

Je viens de parler avec une certaine gravité de nos amis des pavillons, mais vous savez, ils aiment aussi se détendre, plaisanter avec nous, et rire, c’est un bon remède. Un petit exemple : je suis au volant du véhicule de l’hôpital, un dimanche matin, on va en reparler, il y a 6 patients derrière moi, les commentaires vont bon train sur le chauffeur, mais je les rattrape très vite en lançant,  «  attention les amis, on passe sous le pont, baissez la tête », et voilà tout le monde parti à rire..

La messe du dimanche est un rendez-vous important pour les patients qui fréquentent l’aumônerie.  Toutes les trois semaines, nous la célébrons à la chapelle de l’hôpital, elle était présidée par le Père François tant qu’il a pu se déplacer, nous allions le chercher à la Providence, malade au milieu des malades. Il faut dire que le dimanche matin, c’est toute une organisation orchestrée par les aumôniers et les bénévoles, ceux qui vont chercher les patients dans les pavillons avec les véhicules de l’hôpital ou dans l’EHPAD l’Eau Vive.  D’autres bénévoles accueillent les patients et les installent à la chapelle. Certains dimanches, la chapelle est au complet, d’autres moins remplie. Aujourd’hui, c’est le Père Marcel Nezan qui a pris le relai, pour le grand bonheur de tous. C’est un temps fort dans la vie des patients, former une famille, une communauté d’enfants de Dieu. C’est assez décapant, il se passe toujours un petit imprévu, comme celui-ci qui se précipite vers l’autel, vers Marcel pour le lavement des mains, au risque de trébucher dans les marches. Comme celui-là dont on comprend difficilement les paroles, j’ai juste repéré le mot « messe », mais qui veut savoir quand aura lieu la prochaine…Certains demandent d’être bénis , geste important pour eux, symbolique, être aimé de Dieu. N’hésitez pas à venir prier avec eux.

En conclusion, je vous invite à regarder Jésus dans sa rencontre quotidienne avec les malades, j’ai choisi deux textes où Jésus est touché au plus profond de lui-même, saisi de compassion pour les malades de Jérusalem, au bord de la piscine de la porte des Brebis. C’est au chapitre 5 de St Jean. « Étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents. Il y avait là un homme qui était malade depuis 38 ans. Jésus le voyant couché là et apprenant qu’il était dans cet état là depuis longtemps, lui dit : « veux-tu être guéri, Le malade lui répondit ; « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne. »

Dans d’autres textes, Jésus touche les yeux, les mains, les oreilles ; il nous arrive aussi de prendre la main d’un patient pour apaiser sa douleur, pour assurer sa marche, j’admire le naturel des bénévoles dans cette situation. Et nous voyons Jésus se laisser toucher comme la femme souffrant d’hémorragie en St Mathieu chapitre 9, versets 20 et suivants, « si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée ».

Mon fils se laisse toucher, nous dit Marie, nous avons à l’aumônerie des fans de Lourdes et de Pontmain.

Je vous souhaite un bon carême et une belle montée vers Pâques, merci de votre attention

Bernard Guy.