Homélie :

VP : Gn 1, 1-2, 2 ; Gn 22, 1-18 ; Ex 14, 15-15, 1a ; Ba 3, 9-15. 32-4, 4 ; Rm 6,3b-11 ;Mt 28, 1-10

DP : Ac 10, 34a. 37-43 ; Ps 117 ; 1 Co 5, 6b-8 ; Jn 20, 1-9

Chers amis,

« Bonne fête de Pâques », c’est une formule simple, pratique, entre chrétiens. Avec des non chrétiens, on peut dire « Bon week-end pascal ». Pâques demeure dans notre calendrier, même si l’influence du christianisme diminue dans notre société. Les vacances dites de Pâques sont devenues, elles, des vacances de printemps. On peut dire aussi : « Joyeuses Pâques » ou encore « Belles fêtes de Pâques »

« Christ est ressuscité, Alléluia. Christ est vraiment ressuscité, Alléluia », aiment à se répondre nos frères et sœurs orthodoxes qui se souhaitent la fête de Pâques. C’est une formule plus professante de notre foi, plus explicite, plus joyeuse….

Je vous propose de réfléchir quelques instants sur ces formules brèves de vœux pascals, en regardant comment la Parole de Dieu s’exprime pour dire la résurrection du Christ. C’est toujours intéressant de rassembler en quelques mots l’essentiel. C’est la pédagogie de l’Eglise qui, par exemple, a rassemblé toute notre foi en des résumés que sont les credos ou les professions de foi. C’est le génie des premières communautés chrétiennes d’avoir su transmettre leur foi en des raccourcis de langage, pour se rappeler et pour témoigner auprès de tous de la nouveauté apportée par le Christ. En feuilletant le livre des Ecritures, force est de constater qu’elles utilisent 3 langages différents et complémentaires :

«  Christ est ressuscité ».  Ressusciter signifie bien étymologiquement susciter, lever, éveiller. C’est le langage privilégié en occident, qui met en valeur, sur la base des oppositions de la mort et de la vie, du sommeil et du réveil, de la position allongée ou debout, la continuité entre 2 situations opposés. Ce langage insiste pour dire que c’est bien le même qui était mort et qui est maintenant vivant, qui dormait et qui est maintenant éveillé, qui était allongé et qui est maintenant ressuscité. D’où, tous ces évangiles des apparitions de Jésus où il mange avec ses disciples, il se fait voir et reconnaitre, toucher…La limite de ce langage serait de penser la résurrection comme une réanimation ou une réincarnation. La grâce de ce langage est de magnifier la transformation, le passage d’un état à l’autre. Réjouissons-nous avec tous ceux qui font l’expérience d’un jour nouveau en découvrant le véritable amour, avec les éducateurs de qualité qui ouvrent des chemins de lumière à des personnes enfermées dans des espaces de ténèbres et qui n’imaginaient même pas d’avenir.

« Christ est vivant ». C’est le langage qui met en valeur la relation. Il  ne part pas d’oppositions, mais s’accorde avec tout ce qui vit. Il établit des ponts avec les vivants. C’est un langage qui insiste sur les relations. La communauté de l’Emmanuel, avec son répertoire de chants bien connu « Il est vivant » insiste naturellement sur ce 2e langage, sans oublier les 2 autres. Pensons aux chants de la veillée pascale, celui de la communion : « Je suis vivant », celui de l’envoi : « Criez de joie, Christ est ressuscité. Il est vivant comme il l’avait promis. Alléluia, Christ est ressuscité. Il nous ouvre la vie » ; sans oublier le chant de sortie de la messe du jour : « Le Christ est vivant ! ». La limite de ce langage est de ne pas « dire  assez l’inouï de cette vie » et les différences d’avec le monde que nous connaissons. La grâce de ce langage, est de magnifier l’aujourd’hui de Dieu et notre participation à sa vie.        Réjouissons-nous avec tous ceux qui aiment, qui « croquent la vie » dans toutes ses dimensions humaines : corporelles, intellectuelles, économiques, culturelles, sportives, assumées spirituellement. Le disciple de Jésus n’est pas un éteignoir, c’est un passionné de la vie, il aime le printemps avec ses couleurs, ses parfums, ses fleurs. Il sait, il croit qu’avec Jésus, nous entrons dans un éternel printemps de la vie. Il choisit, sur la base de l’accompagnement des personnes « l’aide active à vivre », tout en étant attentif aux situations d’extrêmes souffrances, plutôt que celle de « l’aide active à mourir avec l’euthanasie et le suicide assisté »  

« Christ est glorifié ». Résurrection signifie bien étymologiquement  (surgere), jaillir, surgir. C’est le langage qui met en valeur l’inouï de la vie de Dieu, son éternité, sa transcendance, sa toute puissance, sa miséricorde. Jésus est bien mort sur la croix, mais St Jean voit déjà dans la croix levé, le trône de la gloire. Son élévation est une exaltation, une manifestation de sa gloire. La limite de ce langage est le manque de continuité avec notre monde. La grâce de ce langage est la mise en valeur de la divinité de Jésus et du caractère totalement nouveau, inattendue, au-delà de toute attente, de notre vie associée à celle de Jésus : « Voici que je fais toutes choses nouvelles »

Réjouissons-nous avec les saints, avec tous ceux que l’espérance en la vie éternelle anime, avec tous ceux qui chantent la gloire de Dieu par le chant, par l’art ou par toute leur vie

Chers amis,

je vous redis « Bonne fête de Pâques » ou « Joyeuse fête de Pâques » ou « Belle fête de Pâques », en pensant aux 3 langages de la résurrection : « Christ est ressuscité, Christ est vivant, Christ est glorifié ». L’anamnèse qui nous fait chanter : « Gloire à toi qui étais mort, gloire à toi qui es vivant, notre Sauveur et notre Dieu : viens, Seigneur Jésus » est particulièrement riche de toutes ces harmoniques de la résurrection qui est la vie de notre vie. Réjouissons-nous

AMEN ALLELUIA MARANATHA