Accueil : Frères et sœurs, chers amis,

5e étape vers Pâques marquée par l’évangile de la résurrection de Lazare, marquée aussi en France par la sensibilisation de l’Eglise à la dimension internationale de la justice et de la charité, grâce à l’action du CCFD-Terre solidaire. La quête sera faite à cette intention. Des enveloppes sont disponibles.

« Déliez-le et laissez-le aller », a dit Jésus à son ami Lazare. Que le Seigneur nous délie de tout ce qui nous retient pour aller avec empressement sur les chemins de la charité

Homélie : Ez 37, 12-14 ; Ps 129 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45

Chers amis, comment ne pas être saisi par les larmes de Jésus !

2 fois, Jésus pleure dans les évangiles :

Une fois à Jérusalem : le jour des rameaux, il entre à Jérusalem, monté sur un âne et tous le glorifient de ses miracles. Tous, sauf des pharisiens. Alors l’évangéliste St Luc précise : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : ‘’ Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! …..tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ». La cité de la paix qui n’accueille pas le Prince de la paix. Nous aussi, nous pouvons faire obstacle à l’avènement du royaume de Dieu. C’est pourquoi, je vous ai aspergés, durant la prière pénitentielle, avec de l’eau du Jourdain grâce à un rameau d’olivier cueilli, il y a 3 jours à Jérusalem. Elle est toujours la cité de la paix comme son nom l’indique, mais surtout en sa nouvelle fondation qu’est Jésus le roi messie, en sa destination et aujourd’hui en espérance. Jérusalem est actuellement partagé en 2 peuples (l’israélien et le palestinien) et 3 religions. Cité de la paix et cité de tensions et de violences…Jésus pleure.

Une autre fois, à Béthanie, tout proche de Jérusalem (à 3 km de Jérusalem) : son ami Lazare vient de mourir. Comme d’habitude, il est saisi de compassion devant la souffrance, là celles de ses amies Marthe et Marie, sœurs de Lazare. Cette émotion n’enferme pas Jésus sur sa souffrance. Dans émotion, il y a motion (movere en latin, mouvoir). Son émotion révèle son cœur, le meut, le tourne vers le Père, dans l’accomplissement du dessein de Dieu sur l’humanité. Déjà, Jésus sait qu’il va accomplir le miracle de la résurrection de Lazare, ou si l’on veut réserver le mot de résurrection à Jésus, ou à toute vie nouvelle après une mort sans retour, on peut dire qu’il va accomplir le miracle de l’âme qui reprend la possession du corps. Jésus s’adresse au Père : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien moi que tu m’exauces toujours, mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’a envoyé ». Jésus se tourne vers Lazare et « crie d’une voix forte » : « Lazare, viens dehors ». Jésus se tourne vers tous les hommes : « Cette maladie ne conduit pas à la mort. Elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le fils de Dieu soit glorifié ». L’émotion de Jésus est mouvement vers les autres, elle cohabite avec son intelligence et sa volonté. Jésus dialogue avec les disciples, avec Marthe, avec Marie qui se jette à ses pieds, avec les juifs. Jésus pleure et agit ; il répond à une détresse, et il continue de révéler le dessein de Dieu sur l’humanité ; Jésus pleure et saisit cet événement pour préparer à sa mort et à sa résurrection ; Jésus pleure et fait preuve d’une souveraine liberté : les disciples dissuadent Jésus d’aller à Béthanie car des juifs cherchent à le lapider ; Jésus pleure, car il veut nous sauver, c’est pourquoi il dit, à plusieurs reprises, dans l’Evangile : « Ne pleure plus » Lc 7, 13, sinon des larmes du repentir ou de la joie : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés »

Quelle extraordinaire humanité de Jésus ! C’est à travers cette humanité, à travers son Eglise, porteuse de la Parole de Dieu et des sacrements, que Dieu nous rejoint, que Dieu se manifeste, que Dieu nous touche et nous sauve, que son dessein s’accomplit. N’ayons pas peur de nos sentiments. Puis-je vous confier que j’ai été ému à plusieurs reprises au cours de ce pèlerinage en Terre Sainte (Jordanie, Palestine, Israël) :

devant la foi des fidèles, après des heures d’attente, confessant le Christ ressuscité en vénèrant le tombeau vide. Plutôt que de parler de Saint sépulcre, ne devrait-on pas parler d’Anastasis (résurrection). La toute dernière église construite à côté de l’aéroport de Rennes porte ce nom. Toujours revenir au Christ mort et ressuscité et vivant aujourd’hui

en lisant et commentant, lors d’une messe, à St Pierre en Gallicante, l’évangile qui raconte le reniement et le repentir de Pierre : « Il pleura amèrement ». Toujours se convertir plus profondément chaque jour

en bateau sur le lac de Galilée, « ce lieu authentique », en écoutant l’épisode de la tempête apaisée, en chantant et en dansant sur des musiques du pays notre joie de demeurer dans la barque Eglise, ballotée par les flots. Toujours demeurer dans le combat de la vie avec confiance et courage

en écoutant palestiniens et israéliens, incapables de pouvoir faire d’une terre, un état avec 2 peuples et 3 religions. Les murs érigés par les israéliens sont incapables de contenir la haine. Toujours espérer, avec le temps long de l’histoire

en écoutant le frère Olivier de l’abbaye d’Abou Gosh (un des 3 lieux présumés d’Emmaüs) dont l’abbaye est implantée en milieu musulman : « Notre projet est une présence cordiale ». Toujours dialoguer, toujours se rencontrer : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »

Chers amis, à Jérusalem, il y a une église, au mont des oliviers, qui porte le nom de Dominus flevit : « le Seigneur a pleuré ». Que les larmes de tristesse et de joie de notre pèlerinage sur la terre nous acheminent vers les larmes de joie de la Jérusalem éternelle. Telle est la promesse de Dieu, dans la bouche du prophète Isaïe : « Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages » Is 25  

AMEN MARANATHA