Le feu et la lumière, la Parole, le pain et le vin : la grande liturgie de Pâques est tout entière composée de ces éléments. Tous pris dans notre monde, ils sont indispensables à la vie : il n’y a pas de vie sana lumière, sans chaleur, sans eau, sans nourriture. Il n’y a pas de vie vraiment humaine sans parole échangée. Mais notre expérience nous apprend aussi que tous ces éléments peuvent être également des sources de mort : le feu peut tout réduire en cendres et la lumière peut aveugler. L’eau peut tout dévaster et engloutir. La nourriture peut empoisonner. Et la parole, qui peut dire l’amour, peut aussi dire la haine.

                    Voici qu’en cette nuit très sainte, Jésus se fait pour nous admirable pédagogue. S’adaptant à notre condition réelle, il vient prendre ces éléments à la fois vitaux et ambigus. Il est lui-même entré dans la mort. Mais il a été plus fort que la mort. Et désormais, il peut nous dire qu’il est toujours capable, Lui, le Ressuscité du matin de Pâques, de dépasser le côté fragile, menaçant, de tous ces éléments pour en faire des instruments et comme des canaux pour nous donner sa Présence.

                    Il nous dit : « Je suis la lumière du monde », non pas la lumière matérielle, mais la lumière de la Vie éternelle. Il est la Parole éternelle du Père, la Parole de la Vie. Il est la Source d’eau vive, la Source de l’Amour qui coule pour nous dans le baptême. Enfin dans l’eucharistie, il est notre nourriture, non pas pour notre corps, mais pour que grandisse en nous notre être d’éternité.

                    Tout cela est possible parce que, un certain matin, des femmes : Marie-Madeleine et son amie, ont entendu l’incroyable nouvelle : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici : il est ressuscité. » Dans sa résurrection, Jésus a conduit son humanité jusqu’à sa plénitude. Il a assumé en son corps toute la réalité de la création. Entré dans la mort qui, selon notre expérience, est une plongée dans la nuit, une destruction de toute vie, il a fait de la mort un passage, une « Pâque » vers la surabondance de la Lumière et de l’Amour.

                    Ainsi par le baptême, « je deviens » chrétien. En effet, le baptême est un acte qui me provoque à devenir, aujourd’hui et chaque jour davantage, disciple de Jésus ressuscité, participant au mouvement éternel d’amour qu’est Dieu, notre Dieu. Or ce Dieu Père, Fils et Esprit est l’amour à l’état pur, il est dynamisme absolu, énergie éternelle. Et parce que je ne peux pas aimer Dieu sans aimer les autres, le baptême est aussi un acte qui me met constamment en mouvement d’amour vers les autres qui deviennent mes frères et mes sœurs : être baptisé, c’est entrer dans une aventure qui n’est jamais terminée. En Jésus ressuscité, c’est la Joie de la Vie qui est donnée ce soir à Inès, Jade et Cassandre qui vont recevoir le sacrement de baptême.

                  Avec elles dans la joie pascale et dans l’espérance partagée, recevons l’eau vive que le Seigneur Dieu nous donne à travers les paroles de Jésus et sa Résurrection et, comme le dit si bien Saint François de Sales « Fleuris, là où Dieu t’a planté ».