L’évangile du 4ème dimanche de Carême est autour de la lumière, comme celui de dimanche dernier était autour de l’eau. Mais aujourd’hui aussi l’eau est présente puisque Jésus dit à l’aveugle d’aller se laver à la piscine de Siloé. Et c’est là qu’il sera guéri. L’eau lui permet de voir et d’accéder à la lumière. Cela nous rappelle bien sûr le baptême où l’eau et la lumière sont deux symboles principaux.

                Le baptême, c’est la renaissance, c’est la re-création. Et dans la guérison de l’aveugle-né, il est fait référence à la Création lorsque Jésus met de la boue sur les yeux de l’homme (le premier homme Adam, a été créé à partir de la glaise). Ensuite, l’eau va lui permettre de voir, mais aussi de renaître à une nouvelle vie. C’est une nouvelle naissance grâce à Jésus. La guérison  de l’aveugle est un signe, mais ce n’est pas le plus important de cet évangile. Le principal, c’est ce qui se passe à la fin lorsque l’aveugle guéri se prosterne aux pieds de Jésus et lui dit : « Je crois Seigneur ». Le plus important, c’est la foi, même s’il est important d’y voir avec ses yeux, c’est une chance, une grâce. Mais Dieu le fait comprendre à Samuel, dans le livre des Rois : « On ne voit bien qu’avec le cœur ! ». Les yeux du cœur et de la foi sont ceux qui voient le mieux !

                Avant de proclamer sa foi, l’aveugle guéri traverse des épreuves, il n’y a pas d’enthousiasme autour de sa guérison. Il ne reçoit pas un bon accueil de la part de ceux qui voient bien. Il est accueilli avec suspicion, avec peur, par ses voisins et ceux qui ont l’habitude de le voir mendier à l’entrée du Temple, par les pharisiens qui l’interrogent, par ses parents qui l’abandonnent à lui-même, puis de nouveau par les pharisiens qui l’injurient, le condamnent et le jettent dehors. Mais lui va garder de l’assurance face aux pharisiens et sa foi va s’affirmer au fur et à mesure des événements. Au début il parle de l’homme Jésus, puis il dit que c’est un prophète, puis qu’il est de Dieu, et enfin qu’il croit en Lui. Il entre dans la communauté des croyants !

                Comme cet aveugle est anonyme, nous pouvons imaginer qu’il s’agit de nous, dans notre condition humaine de chair et de sang, ce que nous sommes tous spirituellement : des aveugles de cœur qui ont perdu le sens de ce « Dieu qui est Esprit (Jn 4,24) et Lumière » (1 Jn 1,5). Ressemblons-nous aux voisins ? aux pharisiens ? aux parents ? à l’aveugle ? Allons-nous passer de la rencontre de Jésus à une vraie relation avec Lui ?

               Ce que l’on peut remarquer aussi, c’est que Jésus est présent au début et à la fin de l’évangile. Et les deux fois, l’aveugle est en situation d’exclusion : quand il le remarque au début, il est en dehors du Temple, il mendie. Et à la fin, c’est quand il est jeté dehors que Jésus le retrouve, et qu’il va l’illuminer une deuxième fois. La première fois, c’est par le don de la vue, la deuxième fois, par le don de la foi. La vie de foi n’est pas une vie facile. L’aveugle-né sort d’une souffrance et il en rencontre d’autres, en particulier à cause de la méchanceté et de la jalousie. Mais lui va garder cette lumière en lui et ce lien avec Jésus, qui est un lien d’amour. La lumière et l’amour sont indissociables. C’est l’amour de Jésus et du Père, mais c’est aussi l’amour des frères et des sœurs. Saint Jean le dit dans l’une de ses lettres : « Qui aime ses frères et sœurs demeurent dans la lumière ».

             Cette expérience de l’aveugle guéri rappelle notre baptême, notre renaissance, notre naissance avec Jésus, que nous devons renouveler tous les jours. Nous devons tous les jours nous plonger dans l’eau de la Parole de Dieu, de la prière. Nous devons être témoins de notre foi, même s’il faut parfois affronter l’adversité. Nous devons être rayonnants de l’amour que nous recevons le partageant avec nos frères et sœurs. Comme l’aveugle-né, laissons-nous, en toute confiance, nous introduire dans la joyeuse lumière de la foi : « Seigneur, je suis l’aveugle sur le chemin, guéris-moi, je veux te voir ! ». AMEN.